et la terre hurle encore...

Publié le 11 Novembre 2016

et la terre hurle encore...
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 de Jules Romains
 
Je témoigne que le soldat
Qui vient de reposer son verre
Ne veut pas entrer dans la gare
Ne veut pas monter dans le train
 
Il ne veut pas qu’un wagon morne
Le bouscule dans la nuit ;
Il ne veut pas qu’on le réveille
Sous un hangar plein de caissons.
 
Il ne veut pas d’un tas de paille
Dans la masure bombardée,
Ni de l’encoignure de glaise
Qui se dérobe sous les reins.
 
Ses lèvres se révulsent
A l’idée de l’arme qui plonge
Dans une poitrine vivante.
Il ne veut plus du sang séché
Dans les rainures du métal.
 
Ce qu’il veut à en défaillir,
A s’en laisser crouler par terre,
C’est être chez lui, ce soir même,
Chez lui, dans la pièce du fond.
 
Il veut mettre sa vieille veste,
Il veut s’asseoir dans le fauteuil
Qu’on a poussé vers la fenêtre,
S’asseoir, les jambes allongées..
 
Il veut entendre un pas dans l’ombre,
Un meuble qui craque, une voix,
Un roulement rieur de bille
Qui va se perdre sous l’armoire.
 
Et je parle quand même au nom
De ces hommes sans importance.
J’ai l’audace de faire comme
S’ils méritaient d’être entendus.
 
Ils disent, puissants de ce monde,
Qu’ils sont bien fatigués de vous
Qu’on vous a vus jouer cinq ans
Avec la chair et les canons.
 
Et qu’il est temps, qu’il est grand temps
D’éponger notre sang qui fume
Et de laisser enfin la paix
A ces hommes sans importance..
 
Ne prenez donc pas tant de peine
A forger des malheurs sublimes.
Je vous assure que la paix
Est plus facile qu’on ne dit.
 
Relâchez un peu votre zèle
Dormez, il fait si bon dormir.
Nous ne penserons pas tout seuls
Au rassemblement des armées
 

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.... Dieu offrira aux humains la vie éternelle dans le paradis sur la terre. L’unité et la paix régneront. La douleur, la souffrance auront disparu. Les humains pourront profiter pleinement des merveilles de la nature (Isaïe 65:21-23). 
>>>> clic
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traduction ici >>> clic

Rédigé par Emma

Publié dans #la guerre

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Commenter cet article

écureuil bleu 30/12/2016 22:40

Ce poème et très émouvant et me rappelle par certains côtés "le déserteur" de Boris Vian...

Pascale DELALANDRE 22/11/2016 15:18

Merci pour de superbe poème et son illustration.
C'est fort, c'est ressenti, j'aime.
Bise et bonne journée Emma

Fée capucine 17/11/2016 14:23

Bonjour Emma
Merci pour ta visite dans mon univers, sois la bienvenue...Oui ne pas oubliez c'est ainsi qu'il faut leur rendre hommage. La guerre malheureusement existera toujours il ne faut pas se leurrer. Les grands du pouvoir eux sont bien à l'abri.
Un très beau texte...
Amitiés

Lien : http://feecapucine.eklablog.com/defi-n-85-theme-j-assume-a127486906

marine D 16/11/2016 16:26

Quel beau poème !

La terre hurle
Les arbres pleurent
Le colibri ne chante plus
Les hommes vivent
Sur des amas de cendres
Les hommes meurent
Sans avoir compris leur destin
Sans avoir vu le ciel s'ouvrir...

Solange 15/11/2016 01:05

Depuis que le monde est monde qu'il y a des guerres et à chacune on croit qu'elle sera la dernière.
C'est un beau poème.

Quichottine 12/11/2016 23:28

Merci pour cette page superbe, Emma.
Je ne me souvenais pas de ce poème.
La paix n'est-elle qu'un rêve que nous n'atteindrons jamais ?

Jeanne Fadosi 12/11/2016 12:56

merveilleux instant de Léonard Cohen in live avec ces duos superbes
je me souviens de ce magnifique poème de Jules Romains
"un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange
un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront"
Louis Aragon
Point n'est besoin d'en appeler à Dieu, qui, s'il existe, aurait fait beaucoup de bêtises

Michèle 11/11/2016 17:04

Jour gris et nostalgique. J'aime beaucoup l'image et la poésie que tu nous offres. Une pensée pour Léonard Cohen et les 33 tours que nous adorions écouter avec nos enfants adolescents.
Merci Emma

ludmilla 11/11/2016 12:26

Merci Emma pour cette échappée poético-dramatique ; un instant, une bouffée d'espérance dans ce monde inquiétant de guerre et de paix, où certains qui nous manquent s'en sont allés. Merci particulièrement pour ces versets de la Bible.

Adrienne 11/11/2016 11:54

Magnifique! magnifique poème que je ne connaissais pas!
merci Emma.
(quoi! Jules Romains est né à Saint-Julien-Chapteuil? et moi je suis allée à Saint-Julien-Chapteuil, j'ai visité Saint-Julien-Chapteuil, j'ai mangé à Saint-Julien-Chapteuil... et personne ne m'a rien dit?)

almanito 11/11/2016 11:29

Toujours d'actualité hélas ce poème de Jules Romains qu'on ne lit plus beaucoup, passé de mode sans doute... Ces deux vers charnière sont bouleversants: Ce qu’il veut à en défaillir,
A s’en laisser crouler par terre...

Et Leonard Cohen qui nous laisse, et tout cet enchainement de mort et de malheur qui s'abat comme un voile sur le monde et la barbarie, pas toujours là où l'on croit. On se sent submergés, un peu désespérés.

mireille du sablon 11/11/2016 11:12

...tant que les puissants de ce monde joueront à la guerre avec des soldats de chair et de sang, nous continuerons à pleurer...ce devait être la dernière ...
Bises de Mireille du Sablon

Lorraine 11/11/2016 11:00

Comme cette voix venue des profondeurs fait mal, chère Emma! Mais qu'elle est juste! Nous avons besoin d'un simple coin de table où l'on bavarde avec un ami, un frère, un parent. Nous avons besoin de se peu de chose, finalement. Mais combien le savent? Qui préparent l'avenir à coup de milliards, qui vivent seulement pour ls milliards au détriment de tous les malheureux, les sans logis, les sans amour, les oubliés. J'ai mal pour ce monde en détesse, chère Emma!

Alain 11/11/2016 10:47

Superbe poème de Jules Romains.
Si les puissants de ce monde pouvaient dormir un peu, rien qu’un peu. L’homme ne serait plus de la chair à canon à leur disposition et les poètes ne feraient plus que des vers d'amour.

LE DORMEUR DU VAL

C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud

jill bill 11/11/2016 10:24

Un enfer sur terre que ces moments-là pour nos hommes, voire les civils qui trinquent aussi, alors travailler à bâtir la paix, oui, la guerre ! NON, merci Emma

Clara65 11/11/2016 10:23

Si Dieu existe, ce dont je doute fort, il a oublié les hommes depuis longtemps !
Ces carnages inutiles qui continuent sans fin le prouvent.
Amicalement.